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La mort de Sergueï NAVALNY

 

La mort de Sergueï Navalny
Sergueï Navalny

Poutine a-t-il perdu ?

Devant le visage de celui qui a été sacrifié sous le linceul glacé du Grand Nord, la question nous traverse le cœur et une bulle d’espérance jaillit de la grisaille qui recouvre notre monde.

En fait, et si le Christ avait raison ? Et si Navalny avait raison d’avoir fait les choix courageux qui l’ont conduit à la mort ? Le choix, au grand étonnement de tout le monde, de retourner en Russie, alors qu’il se trouvait en sécurité à l’Ouest, et à peine rétabli d’une tentative d’empoisonnement.



 

Un jour, dans les années trente, un jeune Juif de Nazareth, estimé par beaucoup pour ses gestes et ses prises de position, considéré comme un Prophète, un Maître, le Messie peut-être, mais rejeté par les puissants au point de vouloir sa disparition, a décidé lui aussi qu’il lui « fallait » prendre le chemin de Jérusalem. Etrange ressemblance, j’allais dire, entre ces deux destins. Mais il ne s’agit en aucune façon de « destin », mais d’une libre décision qui, elle, renverse les diktats du destin, et ceux des puissants.

Leur décision ne signe-t-elle pas la fin d’un monde aux mains des forces aveugles du Mal et le commencement d’un monde tel que Dieu le veut et que nous-mêmes le désirons de toutes nos forces ? Un monde enfin humain ?

 

Jésus a décidé qu’il lui « fallait » faire cela (Mc 8,11). De même Alexeï. Mais pourquoi font-ils cela ? Aucun des deux ne cherche la souffrance et la mort pour elles-mêmes… Dieu non plus, évidemment. Et pourtant, il le « faut ». Cela leur semble être le seul chemin… la seule manière de venir à bout du Mal. Non pas pour devenir le plus fort à leur tour, auteurs d’un Mal encore plus grand… (ce serait bien le comble !)… mais pour désigner le Mal une fois pour toutes… et le briser de l’intérieur… en mobilisant tout l’humain, toute la bonté et la force de l’humain quand il se laisse façonner, même sans le savoir, à l’image et à la ressemblance de Dieu… de Dieu qui est Dieu parce qu’il se mouille la chemise et s’engage totalement pour la réussite de la vie dont il est le Créateur… jusqu’au don de sa vie.

 

Navalny se disait athée comme tout bon soviétique… Pourtant, c’est le cœur de l’Évangile de Jésus qui l’inspire et qui fait de lui l’homme que le monde entier respecte. Devant le tribunal qui va le condamner, tellement semblable à celui qui a condamné Jésus… et tous les innocents depuis toujours, Navalny proclame les paroles qui inaugurent le Royaume de l’Homme et de Dieu : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5, 6).

 

Rassasié, Sergueï ? Oui, certainement. Mais au moment-même où cette vérité nous saisit enfin et que nous consentons à plonger notre regard dans le sien, un autre miracle se produit, en nous ! Nous voilà à notre tour portés par la Parole, par cette soif de justice, de bonté, d’amour, à notre tour engendrés dans le sang du sacrifice du juste. Soulevés par une force que nous ne connaissions pas. Résolus à ne plus nous taire. A faire quelque chose. Je pense au courage de ces humbles qui osent déposer une fleur au risque de prendre sa place au goulag poutinien. Comment ne pas penser aussi à Misak Manoukian et à ses camarades panthéonisés ces jours-ci ?

 

Avec eux, emparons-nous du seul boulet capable de faire tomber les tyrans, de briser les statues aux mains de fer et aux pieds d’argile, celui d’un courage et d’un amour qui ne donnent pas la mort, mais la vie.

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