Le péché?

Dernière mise à jour : avr. 2

Chaque jour de Semaine Sainte un mot pour notre méditation... Un mot que nous n'aimons pas entendre ou que nous ne comprenons plus...




Le vocabulaire pascal

Pour une grammaire de la rédemption



2 . Le péché ou la grâce d’être pécheur…



Se reconnaître pécheur ?


Rappelons-nos la scène de l’Horeb (Ex 3)

Dieu demande à Moïse de s’approcher de lui. Il lui manifeste sa présence dans un buisson en flamme et qui ne se consume pas !

C’est cet homme qu’il fait entrer dans l’aura de sa sainteté et à qui il va confier une mission de sauver son peuple. Dieu sait pourtant qu’il n’a pas à faire à un enfant de chœur… Cet homme a été élevé à la cour de Pharaon, dans des mœurs peu « saintes ». C’est un meurtrier. Il a tué un égyptien… Mais ce n’est pas cela que Dieu dit à Moïse. Il ne lui fait pas de reproches.

Il lui manifeste l’étendue, l’infini de son cœur, de son amour pour son peuple, et la confiance totalement incroyable qu’il met en lui.

C’est alors, devant l’Infini, que Moïse va connaître la plus grande des grâces : se mettre à genoux, se reconnaître « indigne »… pécheur. Voilà l’expérience de tous les prophètes, des apôtres du Seigneur, des saints, des croyants. Voilà l’expérience que nous avons peut-être, nous aussi, grand besoin de faire… N’est-ce pas le point de départ de toute grande aventure ? Le socle sur lequel s’appuyer pour rebondir au cœur de toutes les crises… parce que nous avons fait l’expérience d’un amour qui nous invite à le faire…



Des pécheurs pardonnés


Le péché, n’est pas d’abord ce sentiment d’échec que nous éprouvons quand nous avons mal fait, ce n’est pas d’abord se sentir en infraction parce qu’on a désobéi à une loi, ce n’est pas non plus se sentir fautif parce qu’on n’a pas été dans les clous de la morale….

Être pécheur, devenir pécheur, c’est tout autre chose…

C’est une grâce. C’est la manifestation d’une grandeur offerte… dont nous sommes indignes. C’est l’expérience d’un appel, auquel nous n’avons pas su ou pas voulu répondre, que nous avons nié, que nous avons trahi, que nous avons refusé. C’est la rencontre surprenante de quelqu’un qui est plus têtu que nous, qui nous aime d’un amour immérité, qui nous attend, et qui nous laisse pourtant libre de partir, et qui guette notre retour pour nous couvrir d’une grâce plus grande encore, et qui nous rend capables de faire un pas de plus.

Nous acceptons de devenir « pécheurs » quand nous comprenons que nous ne sommes pas d’abord regardés comme des « mauvais », mais que nous sommes d’abord et inconditionnellement aimés, créés, élevés, sauvés… Poussières d’étoiles, paquet d’envies et de pulsions vitales, mais capables de penser, d’aimer, de rêver, d’être libre, d’errer, de se tromper, de chuter, de rater complètement sa cible… mais que le Père attend avant même que nous décidions de revenir à lui.

C’est bien ce que nous enseigne la fameuse parabole de l’enfant qui est aller gaspiller sa fortune (en Luc 15). Il se sent indigne et penaud sur le chemin du retour, mais quand le père le serre dans ses bras, alors seulement il peut se reconnaître pécheur. Il n’y a que des pécheurs pardonnés, et qui savent qu’on leur a pardonné.


Pourquoi ne sommes-nous plus pécheurs ?


C’est banal de dire que nous avons perdu le sens du péché… que nous ne sommes plus pécheurs. N’est-ce pas parce que nous nous sommes trop éloignés de Dieu et que nous avons perdu le sens de la grandeur de la vocation divine à laquelle il nous appelle ?

N’est-ce pas parce que nous sommes trop satisfaits de notre petite vie, de notre honnête moralité, de nos quelques réussites selon l’esprit du monde.

Les saints se sentent pécheurs dans de petites choses parce qu’ils ont dans le cœur l’infini de la bonté et de la sainteté à laquelle Dieu nous appelle… Si nous n’avons pas entrevu l’immensité du don de Dieu et de la qualité de vie à laquelle il nous appelle, alors nous ne sentons plus combien nos doutes, nos hésitations, nos refus sont porteurs de médiocrité et de mort.


Je me rappelle nos confessions d’antan avec nos listes de péchés… toujours les mêmes d’ailleurs… Cela s’est perdu… Est-ce si étonnant ?

Car se confesser, ce n’est évidemment pas cela… Se confesser, c’est d’abord confesser combien nous sommes aimés et appelés à aimer ; c’est confesser un amour qui nous rend capables d’aimer plus…. Et qui nous fait confiance.



L’Évangile des pécheurs pardonnés


Pour nourrir notre méditation, l’une ou l’autre scène d’Evangile :


- J’ai déjà évoqué Luc 15, 11-32.. la parabole du père prodigue… la joie de la table du retour…


- Le même évangile de Luc commence vraiment avec la scène de la pêche surabondante… (Luc 5,8…) … C’est devant cette manifestation de la surabondance de Dieu que Pierre se jette aux pieds du Christ et se reconnaît pécheur. Ce qui manque peut-être le plus à notre humanité, c’est l’expérience de cette surabondance devant laquelle notre abondance n’est rien…

Demandons la grâce de vivre cette expérience durant cette Semaine Sainte…


- Ouvrez votre bible et relisez le récit de la femme adultère (Jn 8,1-11)… La violence humaine fait irruption dans le calme du soleil levant où Jésus enseigne… Une femme est jetée en pâture à la « justice » humaine… Le Christ calme les violents en les ramenant à leur conscience… Mais c’est à la femme qu’il fait la grâce de se reconnaître pécheur car sujette d’un amour qu’elle reconnaît enfin et qui va la rendre capable elle aussi d’aimer plus…