Quand le Christ prend le fouet




Et s'il le faisait aujourd'hui ???


Jean-Pierre – Accueil Saint Florent - Saverne

3e dimanche de Carême B

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2, 13 - 25

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.



Le Christ prend un fouet…

Il se met dans une colère noire…

Quand Dieu se met en colère… Mais pourquoi ? Et contre qui ?


Selon Saint Jean, cela arrive 2X au tout début de son ministère parmi les hommes :


- A Cana, une noce… ils n’ont plus de vin ! C’est terrible, une noce où on n’a plus de vin ! Mais pour Jésus une telle négligence signifie autre chose… car la noce est toujours une image des Noces que Dieu veut célébrer avec l’humanité… Ce manque de vin signifie un manque plus profond… Il voit les jarres qui servent aux ablutions, à la religion… elles aussi sont vides comme les tonneaux ! En fait, c’est cette religion qui est vide, épuisée… et le manque de vin est le signe du manque d’amour, d’envie de célébrer les noces avec Dieu… Voilà ce qui met Dieu en colère… Alors le Seigneur les remplit d’un vin nouveau… meilleur… C’est un signe… Jésus dira qu’il est venu pour que les hommes aient la vie en abondance… Il se met à l’ouvrage dès le commencement…


- A Jérusalem, au Centre, dans le Temple. Evident et nécessaire… Pour ces gens très religieux (comme nous l’étions il y a 60 ans quand tout le monde allait à l’église le dimanche… maintenant, ça a bien changé…), s’il y a un lieu, un seul où Dieu veut rencontrer son peuple pour le combler de sa vie… c’est le Temple ! Est-ce que vie coule en abondance dans le Temple ? Non plus. Comment va-t-il s’y prendre, dans le Temple, pour dire cela ? Quel geste va-t-il inventer pour dire qu’il est venu pour nous faire changer de religion ?


Deux colère « inaugurales » de l’Envoyé de Dieu !

Cela a surement plus de sens que nous ne le pensons… Et pas seulement pour les braves gens d’il y a 2000 ans, mais pour nous, aujourd’hui.


Pour nous en rendre compte, regardons d’un peu plus près les trois gestes « révolutionnaires » du Christ quand il entre dans le Temple :


1. Le nettoyage : Les six cuves de Cana étaient vides, asséchées… Il en va de même du Temple !… La vie l’a abandonné. Mais pourquoi ? Le geste de « purification » du Christ va beaucoup plus loin que ce que nous croyons. La vie ne coule plus en abondance dans ce Temple parce que l’homme y met en œuvre une religion, une manière de se mettre en relation avec Dieu qui n’est pas selon le cœur de Dieu… Depuis toujours, dieu veut « guérir » l’homme de cette religion… à laquelle l’homme revient toujours naturellement car c’est celle qui traîne dans sa tête… Il se pratique là, dans le Temple une religion, une manière de prier que Jésus est venu renverser, car elle est celle de l’homme et pas celle de Dieu !

C’et la religion du sacrifice… où il faut faire des sacrifices à Dieu parce que Dieu est compris comme un Être supérieur, là-haut, extérieur, puissant, menaçant, imprévisible, coléreux… qu’il faut amadouer, rendre propice par des sacrifices… en lui sacrifiant quelque chose qu’il ne nous a d’ailleurs pas vraiment donné… pour le satisfaire, le rendre favorable…

Jésus veut définitivement guérir l’homme de cette terrible religion, de cette religion qui est un commerce... : « je te donne, tu me donnes… ! » On fait là dans le Temple, tous les jours, d’innombrables sacrifices… depuis la colombe… jusqu’au bœuf… Et pour cela il faut des sacrificateurs, des prêtres, intermédiaires sacrés entre les hommes et Dieu… qu’il faut nourrir aussi… Et puis des commerçants pour assurer le commerce de toutes ces bêtes… Vous pouvez vous imaginer le charivari et la puanteur qui régnaient par là… !


Jésus qui éclate : « Ça, la maison de mon Père… !? » Jésus est venu pour renverser cette religion sacrificielle, pour en guérir, en libérer l’humanité… pour la remplacer par un Chemin, un chemin d’amour et de vie, un chemin d’alliance et de confiance… Une alliance nouvelle entre Dieu et nous… où il n’y a qu’un sacrifice… qui consiste à guérir en nous-mêmes tout ce qui nous empêche de recevoir le don de Dieu, de devenir vraiment des enfants de Dieu et des frères… Voilà la Vie en abondance !


2. Quel Temple ? Ou plutôt, quel sanctuaire ? « Comment peux-tu faire ça, lui demandent les prêtres… Tu nous enlèves le pain de la bouche… ! »… Cette objection est puissante… Le Temple et l’organisation à son service est le « cœur de tout… jésus retourne leur question et va leur dire effectivement comment il va faire cela… Le Temple n’est lui aussi qu’un signe… Le véritable Temple à purifier, ce n’est pas ce bâtiment de pierre… c’est l’Homme, chaque homme, chaque humain… voilà la deuxième révolution totale !


Les prophètes l’avaient déjà comprise et annoncée… Mais seul Jésus va l’accomplir parce qu’il va commencer en toute vérité par lui-même. Ce n’est pas le Temple, lieu de la religion et du sacré que Dieu veut combler de sa vie en abondance, mais chaque humain, le corps de chaque humain, de chaque enfant… son être tout entier, dont il veut faire, non pas son Temple, mais son sanctuaire, le sanctuaire, la maison qu’il veut remplir de sa sainteté.

JÉSUS sera le premier humain, le premier corps humain totalement sanctifié, rempli de la Divinité, uni à Dieu lui-même, au point d’être Dieu… Il veut le réaliser pour nous, pour chacun de nous, avec nous.


3. Il n’y a alors plus qu’un pas à faire…

Ce corps, ce sanctuaire, cette maison de Dieu… même si vous la détruisez… même si elle doit traverser la mort… est fait pour la vie… pour la vie éternelle… pour la Résurrection…

« Ce sanctuaire… je le rebâtirai en trois jours… »

C’est le troisième… l’ultime pas à faire sur le chemin de la Vie… une mort qui est passage à la Vie… Voilà le chemin du Christ et, en lui, le chemin de tout humain vers la Vie en abondance.


Nous devons, nous aujourd’hui, nous interroger vraiment :

Ces trois révolutions :

- La nouvelle religion non sacrificielle

- La sanctuarisation de tout être humain

- La manière de mourir qui ressuscite en vie éternelle

les vivons-nous vraiment ?



C’est loin d’être sûr…

- la religion sacrificielle… la religion du Temple avec ses prêtres et ses sacrificateurs… est toujours là… et renaissante particulièrement aujourd’hui… ?

- Faire de tout corps humain un sanctuaire… Oh, l’Eglise y a contribué pendant les siècles… Mais elle a aussi failli… et les crimes de la pédophilie en sont la trace aujourd’hui la plus terrible…

- Et la Résurrection, qui y croit vraiment ? On dit que seulement 20% des « pratiquants » y croient vraiment…


Avons-nous trahi le Christ qui « nettoie » le Temple ? « Pratiquons »-nous sa religion ou alors toujours encore celle qu’il est venu renverser ?

Terrible question, mais n’est-ce pas celle-là qui est aujourd’hui, plus que jamais adressée à l’Eglise de Jésus ?


Nous avons toujours tout à découvrir de la « religion de Jésus », celle qu’il inaugure dès ses premiers pas à Cana en Galilée et à Jérusalem..

Mais il nous reste encore une bonne moitié de Carême pour y faire quelques pas…


JP


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